Tout comme ses missions, l’équipe PREVENT est multidisciplinaire et est composée de chercheur.euse.s spécialisé.e.s dans 6 domaines issus des sciences de la vie et des sciences sociales: biologie et biogéochimie marine, écotoxicologie, modélisation, science politique, sociologie et économie.
Biologie et biogéochimie marine
Comme la biologie marine étudie le fonctionnement des organismes marins et leurs interactions, la biogéochimie marine étudie le cycle des éléments chimiques au sein des écosystèmes marins, y compris le transfert de ces éléments vers les organismes. Ces deux approches sont nécessaires et complémentaires pour appréhender de façon pertinentes les questions posées dans le projet PREVENT.
Le projet s’appuie sur un ensemble de spécialistes de la vie marine, et du cycle de vie des éléments chimiques, ici les contaminants (y compris par extension les microplastiques) et de leurs interactions. Pour apporter quelques précisions sur ces trois éléments clés, le projet PREVENT compte des spécialistes des micro-organismes et des animaux marins le long d’une chaîne trophique (qui mange qui). On trouve aussi des spécialistes des cycles des chimiques, contaminants par extension, sachant que les trois contaminants étudiés dans le projet sont différents : le mercure est présent sous plusieurs formes qui ont des propriétés très différentes qui influencent leur cycle dans l’environnement et leurs interactions avec les organismes, quand le lithium est soluble dans l’eau de mer et retrouvé essentiellement sous forme ionique (Li+) . Le cas des microplastiques est à la fois plus simple et plus compliqué: plus simple parce que le terme définit des fragments de plastique dont la taille est (communément) considérée entre 1 µm et 5 mm ; et plus complexe car il existe une infinité de plastiques, de formes, et que les fragments retrouvés peuvent être d’âge très différents (ce qui a de multiples conséquences qui ne seront pas abordées ici). Dans le projet PREVENT, les biologistes, chimistes et les modélisateurs mettront en commun leurs expertise pour étudier les cycles de ces contaminants et leurs interactions avec les organismes marins.
Écotoxicologie
L’écotoxicologie est l’étude des effets des contaminants sur l’environnement. Ces effets peuvent être caractérisés au niveau moléculaire (par ex. expression de gènes), au niveau des individus (par ex. comportement), au niveau des populations d’une espèce (par ex. reproduction, effectifs) ou en prenant en compte les interactions entre espèces, donc au niveau d’un écosystème. Ces différents niveaux permettent d’établir des relations plus ou moins fortes entre l’exposition au contaminant et les effets, et d’être plus ou moins explicatifs des effets en cascade sur le fonctionnement des écosystèmes. Cependant, par essence, l’écotoxicologie est un domaine qui fait appel et nécessite les interactions entre de multiples disciplines, de la biologie moléculaire à la modélisation en passant par la physiologie.
Le consortium du projet PREVENT rassemble de nombreux experts en écotoxicologie microbienne ou animale ainsi que des chimistes et des modélisateurs qui permettront de faire le lien entre milieu, exposition, effets et bien sur les changements d’échelle des organismes aux écosystèmes.
Modélisation
La modélisation consiste à représenter par des équations mathématiques les mécanismes physiques, chimiques et biogéochimiques qui contrôlent et régulent le système climatique et environnemental.
Le projet PREVENT travaille sur la composante océanique NEMO du modèle système-terre développée à l’IPSL et utilisée dans de nombreuses études scientifiques sur le changement climatique (GIEC par exemple). Le modèle est global et comprend une composante physique (NEMO ; courants, température, salinité) , biogéochimique (PISCES, nutriments, phyto et zooplanctons), et est couplé avec un modèle de chaîne trophique supérieure (APECOSM, du plancton aux poissons). L’objectif de PREVENT est d’ajouter à ce modèle océanique la modélisation des polluants et leur interaction avec les organismes marins.
Sociologie
La sociologie est la discipline qui analyse les phénomènes sociaux à différentes échelles, du micro (interactions sociales) au macro (groupes et institutions).
Dans le cadre du projet PREVENT, une démarche empirique est mobilisée, reposant sur des observations et des entretiens auprès de divers acteurs sociaux. L’objectif est d’étudier la diffusion du concept d’exposome et, plus largement, les relations entre production scientifique et régulation publique en matière de contamination chimique du milieu marin, dans une perspective de sociologie des sciences et de l’action publique.
Science politique
La science politique désigne l’étude systématique de la gouvernance par l’application de méthodes d’analyse empiriques et généralement scientifiques. Telle qu’elle est traditionnellement définie et étudiée, la science politique examine l’État, ses organes et ses institutions. La discipline contemporaine est toutefois beaucoup plus large, englobant l’étude de tous les facteurs sociaux, culturels et psychologiques qui influencent mutuellement le fonctionnement de la gouvernance et du corps politique. Bien que la science politique emprunte à d’autres sciences sociales, elle s’en distingue par l’accent qu’elle met sur le pouvoir, défini comme la capacité d’un acteur politique à amener un autre acteur à faire ce qu’il veut, à la fois au niveau international, national et local. Ainsi, la science politique étudie les institutions et les comportements, privilégie l’aspect descriptif plutôt que normatif, et développe des théories ou tire des conclusions basées sur des observations empiriques, qui sont dérivées en s’appuyant à la fois sur les méthodes quantitatives et qualitatives.
Dans le cadre de PREVENT, les obstacles latents et les stratégies prometteuses pour préserver la biodiversité marine sont étudiées dans un cadre de gouvernance multiniveaux.
Économie
Les sciences économiques abordent les problématiques environnementales sous deux grands angles:
- L’économie environnementale, qui part du constat que si les écosystèmes sont détruits par les activités économiques, c’est parce que certains services écosystémiques n’ont pas de prix de marché (or, dans la psychologie collective, ce qui n’a pas de prix est souvent perçu comme sans valeur et donc négligé). L’économie environnementale cherche donc à mettre en place des techniques de monétarisation pour estimer leur valeur économique et l’intégrer aux processus de décision.
- L’économie écologique, qui ne met pas l’accent sur la valeur monétaire des services écosystémiques mais sur l’analyse des interactions, qualitatives et quantitatives, entre activités économiques et services écosystémiques. L’économie écologique amène à poser la question des transformations nécessaires du système économique et politique afin que la relation entre économie et écosystèmes devienne plus soutenable. Elle insiste aussi sur l’idée que certaines valeurs (par exemple culturelles, symboliques, la vie humaine ou intergénérationnelles) sont incommensurables et ne peuvent pas être réduites à un prix. Cela conduit à repenser nos modes de production et de consommation, ainsi que nos modes de gouvernance, dans une perspective de transition écologique respectueuse des limites planétaires.
Dans le projet PREVENT, des trajectoires futures s’appuyant sur les « scénarios socio-économiques partagés » (SSP) utilisés par le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat (GIEC) sont élaborées pour mieux renseigner les prises de décisions.

